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Nouvelles de Montpellier

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Phèdre de PLATON

Phèdre de Platon.

Ce dialogue parle de la rhétorique, de l'écriture, de l'amour, de l'inspiration et de l'adolescence. Il met en scène deux personnages, le jeune Phèdre et son maître Socrate.

Et Il met en scène ce paradoxe: la beauté nous montre l'invisible. Comme l'amour, elle s'exprime par la physique mais elle ne peut pas être physique. Les paroles de ce dialogue semblent naître d'un lieu, près d'une rivière, d'une atmosphère, et de tout ce que les dieux ont bien voulu donner ce jour là. Car il y a des jours où les dieux donnent beaucoup… C'est l'été à Athènes. Il fait très chaud. On cherche l'eau fraîche et l'ombre des arbres. Les cigales chantent.

Pour la première fois, Socrate va quitter les murs de la Cité. C'est ce qui annonce les thèmes de ce dialogue dans toute l'œuvre de Platon.

 

Le prologue.

-Phèdre, mon ami, où vas-tu donc et d'où viens-tu ?

-Je viens Socrate, de quitter Lysias, le fils de Céphale. Et je vais de ce pas, me promener hors les Murs. C'est que j'ai passé auprès de Lysias plusieurs heures d'affilée, assis depuis le petit jour. Suivant les conseils d'Acoumène, ton ami et le mien, c'est sur les grands chemins que je me promène; d'après lui, en effet, il est plus tonifiant de s'y promener que dans les gymnases.

Phèdre, après avoir réussi à entraîner Socrate Hors les murs, va lui lire le discours de Lysias, au sujet de l'amour. Il disait se souvenir du discours de Lysias et s'apprêtait à le répéter de mémoire et de vive voix. Mais Socrate a bien compris la ruse en s'en amuse. Car c'est le discours écrit de Lysias que Phèdre cache dans son dos: montre moi ce que tu tiens dans ta main gauche. Je t'aime beaucoup, mais puisque Lysias est ici présent, je ne tiens nullement à te donner l'occasion d'un exercice. 228 e.

Il refuse donc au jeune disciple l'occasion qui lui était donné de s'entraîner oralement en imitant un autre. Phèdre est déçu et penaud, avec son secret qui n'en est pas un: Tu m'as fait perdre, Socrate, l'espoir d'essayer mes forces en ta présence. Alors, souhaites-tu que nous allions nous asseoir pour lire?

Avec une certaine rhétorique, Lysias démontre qu'il vaut mieux aimer quelqu'un qui ne nous aime pas. C'est à dire quelqu'un qui a de l'amitié pour nous mais pas de sentiment amoureux.1

Car l'amour est une passion, une maladie, une folie. Par son égoïsme, sa jalousie, l'amoureux emprisonne l'aimé, le sépare de ses amis, et l'empêche de développer ses facultés. L'aimé s'en trouve appauvri intérieurement. Au contraire, celui qui ne reçoit en retour de son amour qu'une tendre amitié raisonnable pourra développer ses facultés pour plaire à celui qu'il aime et ne subira pas sa jalousie.

Où l'on voit que ce discours est déjà en lui-même une sorte de pharmakon pour les chagrins d'amour!

Après avoir lu ce discours d'un autre, Phèdre somme Socrate de répondre, de donner une appréciation, quelque chose… mais que lui demande-t-il exactement? Socrate commence par critiquer la vanité rhétorique de ce discours, qui dit plusieurs fois la même chose, comme ceci, puis comme cela…,sans cacher sa jalousie devant la stratégie amoureuse de Lysias à l'égard de Phèdre. (237 b)

Socrate entame ensuite une réponse, un nouveau discours, pas très brillant, qui déçoit un peu le lecteur, et sans doute Phèdre, car il abonde dans le même sens: L'aimé appauvri intérieurement par l'égoïsme de l'amant sera privé de sa virilité, et n'aura pas d'autre solution pour être lui-même que d'imiter les autres: On verra l'amant poursuivre un garçon mou et sans muscles, qui a été élevé non pas en plein soleil, mais dans une ombre épaisse, qui est resté étranger aux fatigues viriles et aux sueurs de l'effort, accoutumé qu'il est plutôt à une vie délicate et efféminé, un garçon qui, faute d'en avoir en propre, se pare de couleurs et d'avantages d'emprunt.. 239 c.

 

Le discours est si peu original, que Socrate s'arrête au milieu: Phèdre s'en étonne et lui demande de continuer à dire tout ce qu'il sait d'avance: Je croyais pourtant que tu n'en étais qu'au milieu, et que tu allais parler de même de celui qui n'aime pas, dire qu'il faut, de préférence, accorder ses faveurs à celui-là, et montrer tous les avantages que cela comporte en retour. Alors Socrate, pourquoi en rester là? 241b

La remarque de Phèdre souligne à quel point Socrate s'est diminué en se laissant prendre à son propre rôle, sans innovation, sans surprise. A ce jeu, devant Lysias, il est perdant sur toute la ligne… Socrate préfère donc se moquer de lui-même: -N'as-tu pas senti bienheureux homme, que je commençais à prendre le ton de l'épopée …?

 

Alors Socrate prend la pose: s'arrête, évoque le lieu, l'eau fraîche du ruisseau, l'ombre de l'arbre, les cigales, la drogue, une inspiration, et son démon, signal divin… 242 b. Il ressent quelques remords à l'égard du Dieu Eros, bien maltraité par ces discours de routine. Il annonce une palinodie, c'est à dire un discours destiné à se faire pardonner du Dieu Eros:

L'amour est une folie, oui, mais il existe deux sortes de folie…

Il est alors question de l'inspiration, de la divination.

Et aussi de l'écriture, à partir d'un mythe égyptien.

Socrate a bien répondu à Phèdre. On va voir pourquoi….

Cette anecdote est aussi à relier au mythe égyptien sur l'écriture qui termine le dialogue et à l'inquiétude de Platon, qui est le premier philosophe à écrire (mais à écrire des dialogues, toujours rapportés par un autre , qui lui-même le tient d'un autre, etc). L'écriture, pour Platon, est une tricherie. Pourtant remarquons que, par ces quelques feuillets , Lysias est ici présent.

Lysias est le tiers entre eux qui permet de parler et d'inventer.

Toi, en tout cas, homme admirable, tu es bien l'être le plus déroutant qui se puisse voir. Tu as vraiment l'air, comme tu le dis, d'un étranger qu'on guide, et non de quelqu'un du pays: il est de fait que tu ne quittes la ville ni pour aller au-delà des frontières ni même, si je m'en crois, pour aller hors les Murs.

Socrate: Excuse-moi, mon cher. C'est que j'aime à apprendre; or, la campagne et les arbres ne souhaitent rien m'apprendre, tandis que les hommes de la ville le font, eux. Toi, pourtant tu sembles avoir trouvé la drogue pour me faire sortir. Je suis, en effet, comme les bête qui ont faim et que l'on mène en agitant devant elles une branche ou un fruit. Tu peux me promener dans toute l'Attique. 230 b.

cf: La drogue.

Le charme.Le charme, qui vient d'un texte ou d'une voix -(carmen: le chant)- est le moment de la prise, de l'enchantement. Sans doute, tout se serait passé différemment sans le chant des cigales, entêtant, insistant. Un mythe proposé par Socrate nous raconte que jadis les cigales étaient des hommes. Quand il n'y avait pas encore de Muses. Puis quand les muses furent nées et que leur chant eu commencé de se faire entendre, certains des hommes de ce temps là furent, raconte-t-on, à ce point pris par le plaisir hors d'eux mêmes que de chanter leur fit négliger de manger et de boire, si bien qu'ils moururent sans s'en apercevoir. C'est de ces hommes que par la suite, a surgit l'espèce des cigales.

 

On pourrait vivre seulement d'amour et de chansons? En oublier tout ce qui est substantiel ? Et se perdre de la plus belle manière. C'est aussi le danger de la parole et de la rhétorique. On est charmé, mais où est la substance? Est-ce qu'on ne va pas tout perdre? Et se perdre soi-même?

Il s'agit bien d'un deuil, de la difficulté à perdre ses illusions. Et cette perte s'accompagne souvent d'un appel vers le vide, vers le néant, pour retrouver les chansons perdues, comme les compagnons d'Ulysse, comme Orphée… Un appel extrêmement dangereux et en même temps si attirant…

 

6 la honte et le voile.

Pendant tout le temps où Phèdre lit son texte, Socrate en éprouve comme une honte. Comme si quelque chose en lui venait d'être dévoilé. Il se sent nu et demande de pouvoir se voiler la face avant de répondre: : Je vais parler la tête encapuchonnée dit-il à Phèdre, 236 e.

 

Cette honte sera très utile. Elle permettra à Phèdre de recevoir une réponse.Socrate critique d'abord Lysias, comme on s'y attendait : Il me faisait l'effet d'un jouvenceau qui donne une démonstration de son talent, en disant les mêmes choses comme ceci, puis comme cela, mais chaque fois à la perfection. 234 e

Lysias est brillant mais pas sincère. Et son discours chante sur fond de rien, de vide, comme celui des cigales. Mais la reprise magistrale de Socrate est tout autant décevante. L'amour est toujours une folie mais Socrate le dit encore moins bien…

Quand il s'aperçoit qu'il est perdant, Socrate écoute son démon (comme chaque fois qu'il est embarrassé, comme il le fera lors de son procès): Comme j'allais traverser la rivière, le signal divin, celui dont j'ai l'habitude, s'est manifesté en moi. Une voix qui m'interdisait de m'en aller avant d'avoir expié une faute contre la divinité. 242 a.

Ce démon, 2 c'est la voix irrationnelle de Socrate. Celle qu'il n'écoute pas souvent, sauf en cas d'embarras, celle qu'il étouffe en restant dans les Murs de la Cité, en raisonnant au lieu de faire de la musique. Et cette voix le lui reproche. Socrate, fais de la musique, lui dit-elle parfois…

 

L'avertissement du démon est le signe qu'un Dieu a été maltraité:

Avant d'être puni pour avoir dit du mal d'Eros, je vais tâcher de lui offrir la

palinodie, la tête découverte . 242 e.

Palinodie:

Car jusqu'ici, on s'est contenté de dire que l'amour est une folie. Mais il y a deux sortes de folies: Il 0y a la folie pathologique, et celle qui inspire les amoureux. La folie qui inspire les amoureux inspire aussi les devins, les prophétesses de Delphes, la Pythie, et ceux qui lisent dans les entrailles des oiseaux. Ce n'est pas une maladie, (mais tout de même un délire). Car l'amour est un don divin, une réminiscence d'une vie antérieure. Le premier discours, qui se méfiait de cette folie, au point de la confondre avec une maladie était coupable de parcimonie. Il manquait de générosité.

7 La réponse du maître.Si Socrate a bien éclairé la demande qui lui était faite, c'est autant par la méthode de sa réponse que par le contenu. Car, avec le discours de Lysias, Phèdre était enfermé dans une question trop empirique: Comment faut-il aimer ? Et qui aimer ? A la question du comment, Socrate vient de substituer la question ontologique: qu'est-ce que c'est l'amour ? Quelle est cette sorte de folie ? Or, lorsque Phèdre imitait encore cette question empirique du comment, dans quelle situation, etc, n'était-il pas plutôt en train de demander sans le savoir qu'est-ce que c'est ? Puisqu' après avoir écouté avec attention le discours de Lysias, il demandait encore un éclaircissement à Socrate: la question avait, je ne sais comment, rapport à l'amour. Qu'est-ce qui dans ce discours rhétorique, pourtant si clair, restait encore dans l'obscurité ?

C'est donc grâce à sa pratique philosophique que Socrate a su répondre. Et de toute manière, c'est toujours ainsi qu'il s'y prend. C'est ainsi qu'il impressionne ses disciples: leur apprendre à ne pas s'attarder aux situations, aux exemples, pour revenir à l'être des choses qu'est-ce que c'est? Une méthode classique, finalement (mais qui promet beaucoup! ). Et dans la philosophie de Platon rappelons que les choses sensibles, celles-là justement qui servent d'exemple, ne sont que des apparences, des imitations du monde des idées qui seul est réel. L'art et le théâtre sont donc une imitation de l'imitation, doublement faux.

Dans le dialogue Hippias majeur, Socrate cherche une définition de la beauté. La beauté, qu'est-ce que c'est ? Il pose cette question à un jeune disciple qui tombe immédiatement dans le panneau par cette réponse: la beauté, c'est une belle jeune fille ! Je ne t'ai pas demandé un exemple répond Socrate, mais une définition…

L'exemple choisi par Platon est tout de même assez troublant. Une belle jeune fille, n'est-ce pas la beauté même? Où est l'essence des choses? Comment distinguer les situations contingentes des essences ?

Et cette question de méthode n'est-elle pas celle que posent les bouleversements de l'amour: Qu'est-ce qui essentiel finalement ? Et qu'est-ce qui ne l'est pas ?

 

8 L' écriture.En tout cas, Socrate a gagné. Et pourtant, il ne sait rien… Il apprend seulement à distinguer l'essence et l'exemple, c'est à dire, en langage platonicien, la réalité et l'apparence. Or, pour l'adolescent, la distinction apparence/ réalité est cruciale. Il a besoin de l'apparence. Mais quelle est cette substance, cette vérité qui permettrait d'être soi-même, de ne pas tricher ?

Il y a parfois trop de sincérité et d'intransigeance chez les adolescents. Et cette exigence de sincérité est exprimée d'une manière telle, qu'on croirait le contraire.

L'adolescence est l'âge où l'on refuse la politesse comme un ensemble de signes hypocrites qui risquent toujours de ne pas être remplis d'une intention véritable.

La rhétorique est aussi vaine que la politesse. On peut parler pour le plaisir et ne rien penser pourtant  C'est pourquoi l'inspiration, cette folie divine qui est aussi celle de l'amour, peut nous sauver, provisoirement. Car l'inspiration, ce serait le signe vivant, enfin authentique; un moment de grâce où les signes cessent de mentir pour vivre d'émotions. Cet écart entre les mots et la vie semblent par magie se dissoudre dans l'inspiration.

Et cet amour inspiré par les dieux, à la différence de celui que décrivait le mythe d'Aristophane dans le Banquet, n'est pas une fusion, une reconnaissance de soi dans l'autre, mais au contraire une ouverture infinie à l'altérité de l'autre, à son charme incompréhensible. Et cette ouverture fait parler, inventer, créer.

Platon cependant n'admet pas qu'elle puisse nous faire écrire. Car l'écriture est lettres mortes, signes sans vie. L'écriture ressemble à ces personnages égyptiens dessinés de profil sur les murs dans une attitude figée: Ce qu'il y a de terrible, Phèdre, s'exclame Socrate, c'est la ressemblance qu'entretient l'écriture avec la peinture. De fait, les êtres qu'engendre la peinture se tiennent debout comme s'ils étaient vivants; mais qu'on les interroge, ils restent figés dans une pose solennelle et gardent le silence. 275d.

Les signes de l'écriture ne répondent pas. Ils ne peuvent pas ensemencer un esprit comme le fait un dialogue entre deux personnes présentes ensemble. L'enseignement de la philosophie se faisait jusqu'à l'époque de Platon dans le cadre de l'amitié. La pensée avait besoin de cette amitié pour vivre. Mais Platon sait que les choses ont commencé de changer: n' est-il pas le premier à écrire ?

Invention de l'écriture:

J'ai entendu dire, raconte Socrate, que du côté de Naucratis en Egypte, il y a une vieille divinité…le Dieu Theuth…dont l'emblème sacré est un ibis… C'est lui qui le premier, découvrit le nombre et le calcul et la géométrie et l'astronomie, et encore le trictrac et les dés, et enfin et surtout l'écritu

 

L'écriture-pharmakon: poison ou remède?

Teuth fit une démonstration de toutes ces inventions devant le grand roi Thamous, (ou Ammon), qui régnait alors sur toute l'Egypte. Il lui présenta l'écriture par ces mots: de la science et de la mémoire le remède a été trouvé.

L'écriture serait un remède contre l'oubli. Mais Ammon n'est pas de cet avis. L'écriture selon le Roi n'est pas un remède. Au contraire. Voici par quels mots il juge cette grande invention:

Cet art produira l'oubli dans l'âme de ceux qui l'auront appris, parce qu'ils cesseront d'exercer leur mémoire: mettant, en effet, leur confiance dans l'écrit, c'est du dehors, grâce à des empreintes étrangères, et non du dedans, grâce à eux-mêmes qu'ils feront acte de remémoration. Ce n'est donc pas de la mémoire mais de la remémoration que tu as trouvé le remède. 275a L'écriture ne soigne pas l'oubli, elle l'entretient.

 

Les faux savants: Non seulement l'écriture produit l'oubli, mais elle fabriquera de la fausseté dans l'âme des nouveaux érudits abreuvés de signes sans vie: Ils seront des semblants de savants. Ils sembleront avoir beaucoup de sciences. L'écriture finalement, ne fait qu'imiter le vrai savoir.

 

9 La paternité. Le plus grave est qu'un texte écrit est orphelin. Il sera médiatisé, livré à la masse, qui le jugera mais n'aura plus son père -auteur pour le défendre.

Le texte écrit n'a pas d'adresse: il s'adresse à personne ou à tout le monde.

Chaque discours va rouler de droite et de gauche et passe indifféremment

auprès de ceux à qui il doit ou non s 'adresser. Que par ailleurs s'élèvent à son sujet des voix discordantes et qu'il soit injurié, il a toujours besoin du secours de son père, car il n'est pas capable de se défendre ni de se tirer d'affaire tout seul. 275 D

 

Les étapes du mythe. Sur la réincarnation des âmes. En 245 d

245a toute âme est immortelle

l’âme est un attelage ailée avec un cocher. Chez les dieux, les chevaux sont beaux et bons (Platon ne peut pas les distinguer) alors que pour les reste des vivants, il y a mélange.

Un cheval indiscipliné qui ne nous conduit pas où on voudrait.

L’âme est mortelle et immortelle. Une part divine et une part terrestre. Elle circule dans la totalité du ciel, des révolutions qui sont organisés par des cycles naturels. Parfois elle reste dans le scillage des dieux, dans leur trace parfois elle retombe avec lourdeur sur la terre car elle perd ses ailes.

Les âmes des dieux sont convoquées à un banquet : elles contemple les idées : la justice en soi, la sagesse, la science et bien sûr la beauté.

Une beauté dont on n’a pas idée ? retour au point de départ et le cocher donne au deux cheveux l’ambroisie le nectar des Dieux.

Les âmes des mortels les suivent, avec leurs chevaux mal appareillés. Nous sommes des suiveurs. Avec plus ou moins de chance. Elles ont bien du mal à apercevoir les Idées après les Dieux. Platon décrit une bousculade. Une sorte de cohue avec des rivalités, des frictions pour arriver à apercevoir quelques idées. 248b : elles se piétinent, se bousculent, chacune essayant de devancer l’autre…à cause de l’intempérie des cochers, beaucoup d’âmes sont estropiées, beaucoup voient leur plumage gravement endommagé. Mais toutes, recrues de fatigues, s’éloignent sans avoir été initiées à la contemplation de la réalité, et, lorsqu’elles se sont éloignées, elles ont l’opinion pour nourriture. Pourquoi faire un si grand effort pour voir où est la « plaine de la vérité » ? » …l’aile à quoi l’âme doit sa légèreté, y prend ce qui la nourrit. (la partie divine en nous : l’idée du beau ).

 

Quelques unes aperçoivent qo de la vérité.

Mais la plupart ne voient rien, retombent par terre, alourdies, sans ailes. Elles se réincarneront dans un homme. Une loi interdit que ce soit un animal à la première génération. On comprend pourquoi : selon la vie qu’elle aura menée, la personne en laquelle elle va s’incarner sera plus ou moins estimable. Il y a toute une hiérarchie : 9 réincarnations possibles. Avec une dégradation manifeste.

 

1 Quelqu’un qui aspire au savoir et au beau. Qu’inspirent les muses 2 Un roi qui obéit aux lois. Doué pour la guerre 3 Un homme politique qui gère son domaine mais cherche à faire de l’argent 4 Qu qui aime l’effort physique, qui entraîne le corps 5 Un devin 6 un poète ou toute personne qui fait de l’imitation 7 agriculteur, artisan 8 sophiste, démagogue 9 tyran

250d Retour à la vie terrestre. Le phénomène qui va suivre ne concerne que l’initié de fraîche date. Pas celui qui a tout oublié et qui ne cherche que le plaisir physique.

Il aperçoit un beau visage, un beau corps, d’aspect divin.

Il frissonne. Qo lui est revenu de ses angoisses de jadis.

Il se couvre de sueur, ressent une chaleur inaccoutumée.

Cet échauffement fait fondre une matière dure qui bouchait les orifices de l’âme. Elle fait ses ailes. « La voilà donc, à présent, qui toute entière bouillonne, qui se soulève et qui éprouve le genre de douleurs que ressentent les enfants qui font leurs dents… »

paradoxe : description très physique, (vous en retrouverez les détails) pour dire que l’émotion que donne la beauté justement nous arrive d’un autre monde, qui n’est pas matériel.

Paradoxe aussi de l’amour. Qui s’exprime par le physique et qui ne peut pas être que physique.

Métaphore de l’adolescence. Qu’est-ce que ce mythe étonnant nous dit de la beauté ?

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La beauté nous montre de l’invisible ? (un visage, un paysage, on ne peut pas le regarder à la loupe).

Paradoxe de Platon : pour faire l’expérience de la beauté sensible, nous devons nous détourner du sensible. La beauté est tj au-delà de la matière mais c’est la matière qui nous y conduit. Idée tout à fait compatible avec le fait que les poètes soient chassés. Ici la beauté ce n’est pas l’art, ni une œuvre culturelle. Mais dans le sentiment amoureux.

Si l’art des poètes trompe l’âme, ou l’égare dans le sensible, la beauté lui donne en revanche des ailes. L’âme en contemplant une chose belle lève les yeux aux ciel en se détournant de la chose sensible.

Il y a un impossible : elle est saisie par l’intuition que la beauté pure n’est pas ici, pas de ce monde. Mais elle ne peut pas le dire. Donc elle croit qu’elle va retrouver ce souvenir d’une vie antérieure en rejoignant celui qu’elle aime. Comme il est d’une beauté relative alors qu’elle recherche l’Idée du beau, une beauté pure, ça ne peut pas coincider. C’est un désir impossible. Qui la tourmente. « prise de folie, elle ne peut ni dormir la nuit ni rester en place le jour, mais, sous l’impulsion du désir, elle court là où se figure-t-elle, elle pourra voir celui qui possède la beauté »252a

Donc ce qui nous touche dans un beau visage, une belle chose n’a rien à voir avec les canons de la beauté qui eux sont de ce monde et même de la culture.

Cette beauté idéale est inséparable d’une pureté. Immutabilité de la forme. Elle ne peut pas se transformer ni se corrompre. Un peu comme la femme fatale ?.pure de tout plaisir des sens. (exigence dont nous sommes loin d’être délivrés. Kant).

La création : la beauté dans son caractère idéal est un modèle intéieur auquel se réfère l’artiste pour produire. Cette idée le pousse (littéralement les ailes) à la création de choses belles. Le moteur de la production est le désir d’une coincidence entre l’idéal de beauté (interne) et les objets qui se donnent aux sens du dehors. Ce désir ne sera jamais satisfait. Cette quête de synergie entre le dedans et le dehors fait que l’idée de beauté est irréductible à l’idée de perfe

 

 

 

 

 

1 Rappelons que les sophistes comme Lysias se donnent pour mission, selon Platon, d'enseigner la vertu. (L'amour selon Lysias sera donc une recherche de la vertu). Et cet enseignement de la vertu s'adresse aux jeunes gens -garçons- riches d'Athènes, qui payent cher ces cours, selon le degré de célébrité du sophiste. C'est-à-dire qu'il s'adresse à tous ceux qui sont destinés à occuper des fonctions politiques importantes dans la Cité, à jongler avec la parole, la vérité et le mensonge. Mais pour Platon, sous prétexte de chercher la vertu, ils n'enseignent que la rhétorique.

Savoir parler est aussi une question de vie ou de mort pour les citoyens impliqués dans les affaires d'un peuple très procédurier, comme le sont les athéniens, et chacun peut être un jour contraint de se défendre lors d'un procès, d'être pour lui-même un bon avocat , pour défendre sa propre vie. C'est ce que Socrate justement n'a pas su ou voulu faire lors de son procès, lui qui ne désirait que la vérité…

2 Il s'agit en grec du daimon, divinité ou génie, qui n'a rien de diabolique.

 

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