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Nouvelles de Montpellier

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Rue de l'Aiguillerie, j'ai des colocataires...

deuxième partie 

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Je voudrais savoir ce que vous auriez répondu à ma place, quand, à peine arrivé ce 20 décembre, dans notre appartement, Rue de l’Aiguillerie, je n’ai même pas le temps de raconter à Jean Eude ma conversation avec Charbonière, Sa grande silhouette, rencontré devant l’étal des bouquinistes homosexuels, en train d'admirer les beaux livres de noël, parce que je trouve Marie P, très excitée ultra maquillée, avec son sac doré, ses bagues  et deux écharpes : elle se  plante au dessus de moi, et parle vite, très fort, d’une traite, sans reprendre sa respiration : Et je l’écoute, parce que je sais à quel point elle est perdue quand elle parle si fort, si vite, et à quel point elle a besoin de moi ! C'est ma petite Marie en pièces détachées et j’essaie de ne pas l’interrompre de peur qu’elle ne monte encore plus la voix :

-Il faut que tu m’aides, Estéban, je t’en supplie – on est déjà le 20 décembre !

-Et donc ?

-Donc je dois aller le 24 décembre, voir ma famille, - car ils sont très catholiques- et mon père surtout, pour lui dire que j’ai trouvé du travail ! Jean Eude  m’avait promis une vidéo pour me préparer, mais finalement, il n’a pas eu le temps de le faire, parce que…des inondations à Pérols, et les embouteillages à Odysseum ou je sais pas quoi…

-Justement, Poupette, avant je voulais lui parler à Jean Eude , c’est important parce que je viens de rencontrer Sa…

Elle m’interrompt et d’une seule traite «  oui, jean Eude avait promis de m’aider à me préparer cet après-midi, avant 16h- mais tu vois il  est déjà 17h30-mais comme il a accompagné un copain- tu sais ses deux potes de la Fac qu’on a vus l’autre soir au Rockstore avec un look, je te dis pas, « Nogood et Lucky Piche » je crois qu’ils s’appellent, et la mère de Lucky Piche  habite à Pérols où elle a subi une inondation, donc il voulait aller la chercher pour qu’elle dorme chez lui à Montpellier et Jean Eude l’a accompagné pour l’aider à nettoyer la maison de sa mère à Pérols et la ramener ici et voilà qu’ils décident, nos deux glandeurs, d’ aller se promener avant à Palavas et sur la plage du Travers pour faire du taichi ou je sais pas quoi…  

-Le Petit ou le Grand Travers ?

-Mais Le Petit bien sûr ! Le grand c’est pour les pouffes de la Grande Motte, mais eux ça ne les intéresse pas, tu parles !

-Ma foi !  

-Enfin bon, à cause de cette ballade sur la plage et aller la chercher, la mère de L P n’est pas prête bien sûr, et pensant qu’il ne viendrait plus, elle est déjà ailleurs, et après il y a le retour, l’entrée dans Montpellier avec sa caisse pourrie- la caisse de L P  parce que jean Eude il n’en a pas- ( il est au dessus de ça!) - et les embouteillages à Odysseum , tu sais, et il arrive à 17 h 30 h notre Jean Eude, avec ce gars, ce clochard de Pérols oui, qui vient de partir et moi j’ai RDV à 17H45, pour un entretien d’embauche et donc c’est trop tard  !!!

-Trop tard pour ? 

-Pour se préparer Patate ! Lui il te met sur sa video  Jean Eude, et ça en jette, je te dis pas, mais là, non !   

- Mais tu voulais te préparer à quoi au fait ?

- Pour un entretien d’embauche, je te dis, rue de l’Université, je dois y aller maintenant, et après on pourra enfin rendre visite à ma famille et à mon père  à Sète pour leur annoncer que j’ai du travail, sans faire des trucs trop chelous ! Alors aide moi…

-Il est à Sète ton père ?

-Oui !

-Comment tu le sais ?

-Parce que sur la vidéo que mon père m’a envoyée au mois de juillet, pendant le grand rassemblement des gitans,  entend bien le bruit du vent et des vagues qui passent dans les drisses des bateaux…  

-les bateaux, et le vent, et les vagues peuvent être aussi à…. 

- Je sais, peu importe, mais je dois y aller maintenant…Aide moi Patate , Cornichon, je t’en prie, par la Sainte Vierge Noire, pour Sainte Barbe, Cornichon, aide moi

Jean Eude qui écoutait tout ce qu’elle disait en imitant ce qu’elle disait avec ses lèvres se tourne vers moi : « Vas-y ma Couille, sinon elle nous lâchera jamais… » 

Et voilà, alors regardez moi maintenant,  fermer bien la porte pour que Jean Eude ne soit plus dérangé, regardez moi en train de descendre la rue de l’Aiguillerie, à coté de cette gitane, qui serre ma main si  fort, avec ses bagues, son maquillage lourd et son sac doré- si important pour elle- sans s’arrêter de parler … Elle veut  rejoindre la rue de l’Université sans passer devant les bars , éviter de passer  devant les cafés où elle pourrait rencontrer des garçons dont elle a peur – un gitan de Nîmes ?  Et donc  on  passe par en bas ; par la rue du Refuge, où elle se sent plus en sécurité, même si on n’y voit plus rien en cette période de l’année , pour rejoindre la rue de l’Université….  

-J’ ai peur Estéban, si tu savais !

-Peur de quoi ma couillette ?

-De ne pas dire ce qu’il faut !

- Essaye d’être toi-même, c’est le mieux !

- Mais comment tu dis ça tranquillement toi !!! justement j’ai si peur de ces questions, genre, être soi-même et tout… mais en arrivant tu fais mon mari d’accord Petite Couille ?

-Bien sûr !

Arrivés en bas de la rue de l’université, un peu avant de rejoindre le Boulevard Louis Blanc, nous entrons dans un immeuble et elle me fait signe de monter un vieil escalier. Au deuxième étage elle sonne et une dame nous reçoit : une dame au maquillage subtil- fond de teint et ongles beige rosé, les sourcils parfaitement épilés, les cheveux blonds cendrés, lisses et brillants, bref, une vraie salope de Montpellier , tout le contraire de ma pauvre Marie P. !  La dame ne fait aucun cas de moi, son mari, puisqu’ elle me fait signe vaguement de l’attendre sur un banc dans le couloir pour que je ne rentre pas avec elles et s’enferme dans une pièce  avec ma petite couille, que j’aime tant à ce moment-là ! Je ne sais pas exactement ce qui se passe dans cette pièce, et il fait déjà nuit, mais je crains le pire, pour moi et pour elle. Mon appréhension sera confirmée par son récit le  soir même :

-Oh là là, Estéban, si tu m’avais vue ! dès la première question j’étais pétrifiée, comme un santon de Marseille: c’était la question que je redoutais et en plus elle me demande ma carte d'identité alors que  je n'ai même pas de nom de famille! Dès le début, comme ça cash :  «  Qu’est ce qui vous intéresse le plus dans la vie ? » Tu vois le genre, quand tu ne peux pas répondre « un boulot, puisque je suis ici pour ça pétasse, et de l’argent, une belle maison, être aimée par celui que j’aime, non…  

-Et c’est qui celui que tu aimes Ma petite Nouille ?

-Mais je sais pas, arrête, on s’en fout

 -Ce gitan de Nîmes , que tu évites , il te plait en fait ?

-Mais arrête !! on s’en fout là !

-non non ! on ne s’en fout pas ! moi, je m’en fous pas , si je fait parti du « on » ; et arrête de crier s’il te plait, ma coucouille adorée, continue…

  • Alors sa première question, c’était la question vicieuse, genre  quand tu vas te promener, pour rien, sans histoires, quand tu descends la rue de la Loge tu as envie de quoi ? Alors j’ai écouté ton conseil Estéban et ton conseil c’est la CATA ! j’ ai parlé sans réfléchir, pour faire la fille, la dame, qui est soi-même, je dis tout fort : « les sacs ! je m’intéresse aux sacs ! 

- Ah oui mais c’est vrai, tu y penses souvent …  

-oui mais on s’en fout que ce soit vrai , et elle surtout  elle s’en foutait pas mal  elle m’a regardée  avec ses gros yeux bleus de truie en répétant ma réponse comme si c’était une question « les sacs … les sacs??? »  … Et là le vide… je bafouille «  oui enfin, quand je me promène dans la rue et que je suis moi-même, vous voyez, je regarde les trams, et tout ça et les gens qui marchent dans la rue avec un sac, qui se déplacent eux-mêmes pour attraper un bus, un  tram, mais avec un sac, enfin les femmes surtout…  

-Les femmes surtout ? (et je me dis : si elle s’amuse à répéter mes phrases, je suppose qu’il faut parler, décorer… )

-oui couillette, là il faut parler !

Et comme elle me regardait toujours sans rien dire, je tremblais «  les femmes vous savez, elles portent un sac à la main, en bandoulière ou sur le dos – on dit bien d’ailleurs « sac à main, sac à dos » et elles se dépêchent. Un sac à dos, ce n’est pas très joli quand même. Sac à main c’est mieux, c’est plus élégant !

  • alors elle me regarde en écarquillant de plus en plus ses gros yeux qui me faisaient si peur « Ah bon vraiment ? « une femme » , c’est quoi pour vous en fait, quelle est votre définition de « la femme » ?

Là j’ai compris que ses questions seraient de plus en plus tordues et je me suis dit « surtout, petite couille reste calme, sois toi-même! , comme le conseille ton mari, qui est dans le couloir»… « heu, et bien je viens de vous le dire, une femme c’est quelqu’un qui marche dans la rue avec un sac et qui se dépêche :  c’est ma définition !

-Pourquoi elles se dépêchent les femmes ?

(qu’est-ce que j’en sais moi ! )

-t’as dit ça ?

- mais non, bien sûr Cornichon ! comme je ne pouvais pas trouver une autre définition, j’ai pensé à vous… et j‘ai répondu «  elles ont des oiseaux, ou un chat ou une famille à nourrir. Moi, vous savez,  j’ai des colocataires, et je me dépêche souvent pour eux parce que… (quand j’ai dit le mot « colocataires », elle a froncé encore les sourcils, et j’ai senti que vous ne l’intéressiez pas, que j’étais complètement à côté de la plaque, comme dit Jean Eude, avec ses vidéos. Mais très vite elle m’a interrompue dans mon explication sur les femmes et les sacs…

-« bon bon, ça va je vous remercie ! Essayez de  demander une carte d'identité complète » en rangeant  ses dossiers les uns sur les autres, et sans me regarder, genre : « remballe ta marchandise avec tes chats, tes oiseaux et tes colocataires » . Mais de quoi elle me remerciait cette pouffe ? Alors,  excuse-moi  Estéban, c’est pas pour te vexer, mais j’aurais mieux fait de faire une vidéo avec Jean Eude pour me préparer, savoir comment je place mes jambes, mes mains, et la couleur du rouge à lèvres aussi parce que cette salope, elle sait tout ça et elle ne parle pas avec mon accent des Saintes, elle n’a même pas l’accent léger de Montpellier : il fallait que j’évite les mots comme « maison - temps - manque , enfants » avec mon accent pourri d’Aigues Mortes et j’ai fait tout le contraire, j’ai pas arrêté de dire « temps, manque, enfants »  à cause de sa question à la con «  pourquoi elles se dépêchent ?, j’ai dit «  les femmes, elles se dépêchent de rentrer à leur maison, elles n’ont pas le temps de rien, peuchère, avec leurs enfants » la cata je te dis ! j’aurais du faire une vidéo avec Jean Eude pour voir comment je devais parler, les mots à éviter ! Qu’est-ce que t’en penses ?

-Ma foi ! mais je te rappelle que tu ne l’as pas faite cette vidéo, parce que jean Eude n’était pas disponible, à cause des embouteillages à Odysseum, de la mère de Lucky Piche  à Perols, la plage du petit travers, etc… ,

-C’est vrai ! alors que toi tu es toujours disponible !

-je suis saisi par cette reconnaissance inespérée, quand Jean Eude intervient, très durement, comme d'habitude avec ses plaques (que je dois toujours ramasser, et réparer ) : «   Ya pas que les jambes et le rouge à lèvres , ma Poupette , t’es complétement à côté de la plaque ! »

-je sais bien, mais elle est où cette plaque ?  aide moi Esteban !!!  Je dois y arriver, trouver ça, cette plaque,  et pour y arriver, il faut que tu m’accompagnes avant noël aux Saintes, même si je n’ai pas d’emploi , pour leur rendre visite…

-Ma foi !

-« là t’as rien d’autre à dire ? » me demande Jean Eude

-Mais qu’est-ce que je pouvais dire ? Et qu’est ce que vous auriez répondu à ma place ? 

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