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Nouvelles de Montpellier

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atelier philo APF BOUCHES DU RHONE - "Les lumières " du 11 mai 2023

Vous trouverez ici les précisions sur l’atelier philo du 11 mai 2022 sur « Les lumières » avec le texte de Kant en pièce jointe ; sur ces cinq points que nous avons abordés entre autre :   1 les lumières,  2 le wokisme,  3 l’argumentation ad hominem,  4 la religion et 5  la liberté d’expression . Je pose une * devant les questions imbriquées dans ce résumé qui pourront être abordées dans les prochains ateliers si elles vous intéressent.

 

1 Le terme des «Lumières » en philosophie désigne à la fois un courant de pensée du 18ème siècle et les philosophes qui ont incarné ce courant ; Des philosophes  français et allemands : d’Alembert, Diderot , Montesquieu, Rousseau, Voltaire, Kant ; ils croient à un progrès possible  de l’humanité et ils ont  ouvert un espace public de discussion pour encourager les personnes à s’émanciper des tutelles ( les autorités religieuses et politiques) qui les privent d’une pensée libre ; pour sortir des carcans idéologiques où elles restent cantonnées par « paresse et lâcheté » , pour reprendre le jugement sévère de Kant dans le texte étudié (traduit de l’allemand, Emmanuel Kant est prussien). Le contexte :  on est en 1784 , juste avant la Révolution française. Kant lit l’article d’un journaliste, un peu agacé, qui demande «  nous expliquera-t-on jamais ce terme de « lumières » qui est tellement à la mode aujourd’hui ?! » . Notre auteur, qui se sent concerné par la question et qui attache beaucoup d’importance au débat public, prend sa plume pour répondre à ce journaliste, et rédige un article, très étudié aujourd’hui : « Réponse à la question : Qu’est-ce que les lumières ? », d’où j’ai choisi cet extrait.

 

2 Le « wokisme »: ce terme, de l’anglais « woke : être éveillé », désigne non pas un courant mais l’ensemble des revendications contre les discriminations des minorités : les femmes, les LGBT , les gens de couleurs, descendants des peuples colonisés. le terme de wokisme n’est pas utilisé par ceux qui s’indignent contre ces discriminations mais au contraire par ceux qui s’agacent de ces revendications : ils se plaignent à leur tour de  que l’on ne peut « plus rien dire » car « le terrain est  miné » : dès  que l’on prend la parole,  ce que l’on dit peut être interprété comme une discrimination, contre les femmes, ou les homosexuels ou toute autre « minorités » :  tout discours marche sur des œufs !

Quel lien entre le wokisme et les lumières ? Le lien est dans le fait que les lumières sont universalistes :  ils revendiquent une liberté égale pour tous les hommes… et de ce fait ne reconnaissent pas les différences qui sont revendiquées. (mais affirmer l’égalité, est-ce nier les différences d’identités ?) *  N’oublions pas que le siècle des lumière ( dix-huitième ) est la grande époque du colonialisme et de l’esclavage: Le colonialisme a été porté par cette ambition d’apporter la civilisation et le « progrès » aux autres peuples sans faire de différences entre les cultures. Or, ce sont ces différences de cultures justement que revendiquent les courants désignés comme «  wokistes ». Ils dénoncent le fait que le modèle de civilisation importé n’était au fond que celui de la culture occidentale qui s’est crue universelle et a imposé son pouvoir sous prétexte d’apporter un progrès aux autres peuples en niant leurs différences : c’est l’histoire entre autre du continent américain, où les langues principales sont l’espagnol, le portugais et l’anglais et dont les populations d’origine ont été massacrées. Ce mépris des autres cultures pouvait même prendre un tour affectueux comme le thème du « bon sauvage » chez Rousseau : le « bon sauvage » est bon au sens d’innocent car il n’est pas corrompu par la civilisation ; il est proche de la nature, hors de la culture. Il y a là un mythe de l’origine !*

 

3 L’argument « ad hominem »:  je me suis permis d’expliquer le texte de Kant en disant qu’il était influencé par la religion protestante.  Je cite ce passage ironique :« Il est si commode d'être sous tutelle. Si j'ai un livre qui a de l'entendement à ma place, un directeur de conscience qui a de la conscience à ma place, un médecin qui juge à ma place de mon régime alimentaire, etc., je n'ai alors pas moi-même à fournir d'efforts. Il ne m'est pas nécessaire de penser dès lors que je peux payer ». je voulais rappeler que les protestants reprochaient aux catholiques l’importance de la hiérarchie cléricale dans la pratique de leur religion, faisant en sorte que les personnes ne soient jamais laissées seules avec leur foi et leur conscience mais toujours accompagnées par un homme d’Eglise pour leur dire ce qu’elles doivent faire et penser, en évitant de se poser des questions. Il y avait aussi la pratique des « indulgences » à laquelle je suppose que Kant fait allusion dans la dernière phrase de ce passage. J’ai alors reconnu que le fait d’invoquer l’appartenance d’un auteur à des origines familiales ou religieuses ou à sa vie privée, sa personnalité intime, pour expliquer son texte est très malhonnête en philosophie et c’est ce qu’on appelle dans un débat un « argument ad hominem » (littéralement : argument qui va « à l’homme » ). Ainsi par exemple, l’argument  « tu dis cela parce que tu n’es pas content de ta vie !  » est grossièrement « ad hominem ».  Alors Christian est intervenu pour dire qu’il n’est pas d’accord avec ce scrupule car on ne peut pas comprendre un auteur sans savoir « d’où il vient », le contexte de sa pensée. Le débat s’est alors engagé sur cette question : doit-t-on se référer à la biographie d’un auteur pour comprendre ce qu’il dit ?*  (question très intéressante en littérature aussi ) Il est vrai qu’il n’y a pas de philosophie sans un ou des problèmes de départ, liés à une époque et ce texte de Kant par exemple arrive après une longue période de guerre de religions. Mais dans un débat je dois supposer que mon interlocuteur est libre de ce qu’il dit pour examiner objectivement les arguments qu’il me donne et non sa personnalité ; de quel droit sinon je supposerais un savoir sur lui et l’origine inconsciente de ses propos qui lui échapperait ? cela est inacceptable !  vous me donnerez votre avis quand nous programmerons cette question. Merci à Christian de l’avoir posée !

 

4 LA RELIGION ENCORE !  Ce texte fait suite à nos deux ateliers précédents sur la religion ( que nous apportent les religions ? )  et il les complète : Kant fait l’éloge de Frédéric II  de Prusse « ce siècle est le siècle de Frédéric ! » s’écrit-il non pas parce qu’il « fayote » comme le disent certains petits critiques mais parce que Frédéric II autorise la liberté de culte ; ce qui lui vaut le titre de « despote éclairé »  et Kant lui est reconnaissant de cette ouverture.  

 

5 L’espace public : les lumières encouragent les débats publics ; ils sont importants pour Kant car ce dernier n’est pas un philosophe révolutionnaire mais réformiste : il pense que l’on doit interdire « la liberté privé » (ce que l’on exprime dans le cadre d’une profession) et autoriser «  la liberté publique «( ce que l’on publie dans les livres, les journaux )  par exemple, un professeur dans son cours ne doit pas parler des directives de l’Etat, mais il doit pouvoir en parler dans les médias ; un prêtre ne peut contester le dogme quand il prêche, mais peut écrire un article sur ce qu’il en pense pour demander une réforme à ce sujet. J’ai évoqué les cas de deux professeurs qui ont été mis à pieds récemment pour avoir publié des tweets critiquant l’obligation du pass sanitaire -des vaccins . Comme ils se sont exprimés par des tweets dans un espace public, cette sanction selon Kant serait injuste !

Remercions les lumières pour avoir encouragé l’espace public, plus que jamais développé par les réseaux sociaux, et tous les médias, même si la qualité n’est pas toujours garantie ! Wikipédia n’est elle pas une réalisation du projet de l’Encyclopédie des lumières qui devaient apporter la connaissance à tout public (le public qui lit du moins ) ?* merci à tous pour votre attention ; j’aurais plaisir à vous retrouver le 15 juin sur un tout autre sujet : l’expression « être soi-même » a-t-telle un sens ?  Camille P.

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