Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Nouvelles de Montpellier

Publicité

Sentiers de schiste en pays cathares

Ce n'est merveille si je chante...

 

Ecoutez l'histoire d' Adelard de Bath, philosophe arabe,  venu de Fes en 1138 pour séjourner en Pays Cathares.  Il est courageux et reconnu pour ses talents de diplomate, capable d'entamer un dialogue avec plusieurs sectes.  Il entend parler d'une poignée de gens en Occitanie qui se prétendent plus chrétiens que des chrétiens, et se disent parfaits. Il part à leur rencontre, mais si vous suivez ses métamorphoses, ne croyez pas qu'il change pour eux de chemin ; ce n'est pas leur amitié ni leurs discours qui sèment le trouble en son esprit.  C'est que de tout côté en ce pays Cathare on parle et chante le Fin Amor. Et quel drôle d'amour que cet amour-là! La terre y est comme du ciel. la chair et l'âme s'y fondent dans le délié d'une voix. Cette musique finira bien par tirer dieu de son sommeil. Il interviendra, y remettra bon ordre: les derniers chants n'iront plus jusqu'aux chambres à coucher des châtelaines, mais couleront en neige sur les mains de la Vierge Marie. La Lettre d'amour écrite en occitant ne sera plus jamais la même.L'adresse a changé. La destinataire est devenue plus lointaine que les anciennes dames du languedoc, à peine plus lointaine, mais où? tel est le ciel où marche Adelard de Bath en ce douzième siècle: grésillant de voix, saturé de trilles et de mots d'amour. Et cela va durer cent ans encore...

 

Malgré tous les anathèmes qui pèsent contre les Parfaits et les persécutions de  Rome contre eux, Adelard décide sans plus tarder de partir à leur rencontre. Les seigneurs de Fes financent son voyage en sous-estimant sa durée, sa difficulté et même son intérêt. Certes, Il a déjà dialogué avec la secte des juifs. Mais le risque au fond n'était pas si grand: Car ladite secte, apprenant que les siens pratiquaient la circoncision des enfants  à l'âge de douze ans pour imiter leur père Ismaël, a bien voulu reconnaître en lui un correligionnaire. Et finalement tous se présentaient comme adorateur d'un Dieu unique. Aujourd'hui, son voyage en pays Cathares  l'amène en terre inconnue. Il est curieux et s'adresse facilement au vulgaire, comme ont coutume de le faire les averroistes...

 

Adelard de Bath apprend à ses dépends que les terres de schiste ne sont pas à saccager au pays de Cabardès lorsqu'un poète troubadour  lui conte la métamorphose de Peire Vidal, survenue en l'an 1200. Cuivre, fer, or et arsenic: couvrez-vous car sur votre sol a vécu Pèire Vidal devenu bon homme de Toulouse.   Lorsque Peire Vidal, revenu de moultes traversées, se repose en Provence, il rencontre Barral, seigneur des Baux. Rétabli de ses longues marches dans la demeure de Barral, il s'aventure un peu plus à l'ouest en pays cathares, sur les terres de Cabaret où l'attend en secret une Dame Louve, ainsi nommée. La chanson du Troubadour raconte la croisée des chemins de Pèire Vidal et Dame Louve. Pour elle, dit le conteur de fin 'amor, il se donne corps et âme, brûlé par la flamme des oeuvres de la Dame. Comme elle le désire, il se recouvre d'une peau de loup et court sur les sentiers de schiste la nuit tandis que les cris d'une bête sortent oui, de son corps. Les paysans de Cabardès, effrayés, décident à la troisième lune de lâcher les chiens contre lui. Pèire Vidal en peau de loup est poursuivi tout le long du sentier par les chiens. Epuisé, la langue brûlante, il s'écroule sur le sol de schiste et les chiens le déchirent. Dame Louve apprend tout cela par son oiseau messager. Elle parle aux seigneurs pour sauver le bon homme mais ce sont les paysans qui comprennent la méprise. Elle leur dit: Le loup n'est autre que Pèire vidal, secrétaire de Barral,seigneur des Baux et cela ne vaut pas tant de hargne. Ni Simon de Montfort, ni aucun des prétendants de Carcassonne, ni vos chiens,ne doivent plus saccager nos terres de schiste ni persécuter les bons hommes et les bonnes femmes qui s'y logent.  Dame Louve demande qu'on remène Pèire Vidal en son château où elle le soignera.

 

Alors, dit le chanteur à Adelard de Bath, suivez les traces de Peire Vidal et Dame louve en pays  Cathares, sur les terres de schistes, mais ne creusez pas plus loin.

 

Adelard quitte maintenant les terrasses basses de l'ancien village de Cabaret. Il a peur que l'habitude ne grandisse en lui de chanter pareilles métamorphoses. Pourtant, en retournant vers Fes, il sent bien que les métamorphoses sont déjà faites, plus grandes que lui, installées pour longtemps. Ce n'est pas que les Cathares aient quelquechose à lui dire de véritable. il ne croit toujours pas à leur perfection. Mais toutes ces chansons et cette sensualité que ces êtres cachent à l'ombre de leurs demeures donne de plus en plus de place en son âme aux puissances temporelles, tandisque le pouvoir spirituel est un peu oublié, abandonné quelque part au Sud de l'Espagne. Il prétend y revenir mais regardez le marcher sur les routes  avec des poésies...

 

Ce n'est merveille si je chante

 

Bien est mort qui d'amour ne sent

Au coeur quelque douce saveur

A quoi sert vivre sans valeur

sinon à ennuyer les gens

 

Que Dieu ne me haisse point

De me faire vivre un jour, un mois

après être devenu fâcheux

Et n'avoir plus désir d'amour

 

Bernard de Ventadour 

 

merci pour ces rencontres . autour du XIIème siècle

(*1) merci à Christian Bobin pour son ouvrage "Le très bas" sur Saint François d'Assise qui marche aussi sur cette route

 

 

 

 

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article