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Nouvelles de Montpellier

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groupe philo 30 septembre 22 pourquoi se contraindre ?

Pourquoi se contraindre ?

 

Dans l ouvrage sur l’Education, dont je propose l’extrait ci-dessous, Rousseau ou plutôt son narrateur, éduque un enfant « Emile » à la campagne, où il découvre tout ce qu’un enfant a besoin de connaître grâce à la nature et par ses besoins; ainsi Emile garde son innocence naturelle ; ce qui confirme le présupposé rousseauiste : l’homme est « bon » par nature ; tous les « vices »  lui ont été inculqués par la vie en société ( comme l’avidité, le sens de la propriété, le gout du luxe )

Evidemment, ce présupposé pose problème : quelle est cette hypothétique «  nature » dont parle Rousseau ?

Et que signifie le bon et le mauvais ?

ce texte nous amène aussi à nous interroger sur les contraintes de l’éducation :

Pourquoi apprend-t-on aux enfants à se contraindre ? A quoi bon leur faire connaitre la frustration ?

Exemple : Cet été j’ai joué avec un enfant de quatre ans qui ne supportait pas de perdre. IL pleurait car les règles du jeu étaient très ingrates : elles pouvaient par accident nous faire perdre tout ce qu’on avait patiemment construit avant. Ses parents se sont évertués à lui faire la leçon « tu dois accepter de perdre ! »  mais pourquoi ? ….. Pourquoi ?

« Il est bien étrange que, depuis qu’on se mêle d’élever des enfants, on n’ait imaginé d’autre instrument pour les conduire que l’émulation, la jalousie, l’envie, la vanité, l’avidité, la vile crainte, toutes les passions les plus dangereuses, les plus promptes à fermenter, et les instituteurs pensent faire des merveilles en les rendant méchants pour leur apprendre ce que c’est que bonté ; et puis ils nous disent gravement : Tel est l’homme, Oui, tel est l’homme que vous avez fait.

On a essayé tous les instruments, hors un, le seul précisément qui peut réussir : la liberté bien réglée. Il ne faut point se mêler d’élever un enfant quand on ne sait pas le conduire où l’on veut par les seules lois du possible et de l’impossible. La sphère de l’un et de l’autre lui étant également inconnue, on l’étend, on la resserre autour de lui comme on veut. On l’enchaîne, on le pousse, on le retient, avec le seul lien de la nécessité, sans qu’il en murmure : on le rend souple et docile par la seule force des choses, sans qu’aucun vice ait l’occasion de germer en lui ; car jamais les passions ne s’animent, tant qu’elles sont de nul effet.

Ne donnez à votre élève aucune espèce de leçon verbale ; il n’en doit recevoir que de l’expérience : ne lui infligez aucune espèce de châtiment, car il ne sait ce que c’est qu’être en faute : ne lui faites jamais demander pardon, car il ne saurait vous offenser. Dépourvu de toute moralité dans ses actions, il ne peut rien faire qui soit moralement mal, et qui mérite ni châtiment ni réprimande.

Je vois déjà le lecteur effrayé juger de cet enfant par les nôtres : il se trompe. La gêne perpétuelle où vous tenez vos élèves irrite leur vivacité ; plus ils sont contraints sous vos yeux, plus ils sont turbulents au moment qu’ils s’échappent ; il faut bien qu’ils se dédommagent quand ils peuvent de la dure contrainte où vous les tenez. Deux écoliers de la ville feront plus de dégât dans un pays que la jeunesse de tout un village. Enfermez un petit monsieur et un petit paysan dans une chambre ; le premier aura tout renversé, tout brisé, avant que le second soit sorti de sa place. Pourquoi cela, si ce n’est que l’un se hâte d’abuser d’un moment de licence, tandis que l’autre, toujours sûr de sa liberté, ne se presse jamais d’en user ? Et cependant les enfants des villageois, souvent flattés ou contrariés, sont encore bien loin de l’état où je veux qu’on les tienne.

Posons pour maxime incontestable que les premiers mouvements de la nature sont toujours droits : il n’y a point de perversité originelle dans le cœur humain ; il ne s’y trouve pas un seul vice dont on ne puisse dire comment et par où il y est entré. La seule passion naturelle à l’homme est l’amour de soi-même, ou l’amour-propre pris dans un sens étendu. Cet amour-propre en soi ou relativement à nous est bon et utile ; et, comme il n’a point de rapport nécessaire à autrui, il est à cet égard naturellement indifférent ; il ne devient bon ou mauvais que par l’application qu’on en fait et les relations qu’on lui donne. »

Emile, Rousseau

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