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Nouvelles de Montpellier

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L'écrivain peut-il transmettre un message ?, psychanalyse et politique

L'écrivain peut-il transmettre un message ?, psychanalyse et politique
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L'écrivain peut-il transmettre un message ?, psychanalyse et politique

L'écriture blanche et le sari infini.

Une oeuvre d'art exprime-t-elle une idée?

(du problème des exemples en dissertation et d'un langage commun)...

Beaucoup de sujets de dissertations philosophiques et littéraires nous interrogent sur la gratuité des œuvres d'art et des oeuvres littéraires. Peut-on distinguer la qualité esthétique et formelle d'une d'oeuvre de ce qu'elle nous dit? Le truisme le plus difficile à dépasser est bien sûr l'idée que "l'artiste voudrait transmettre un message". Il s'agit d'un préjugé qui clôture la pensée parce qu'il nous empêche de poser la question philosophique de l'essence: qu'est-ce que c'est une oeuvre, un style? une écriture? pourquoi l'auteur parle-t-il avec de la matière ou une écriture blanche? S'il voulait simplement- "dire quelque chose", il aurait été plus facile et plus rapide pour lui d'écrire un article de journal.

La deuxième difficulté de ce sujet est de renouveler les exemples.

Je traite ce sujet en trois parties, comme il se doit, en privilégiant l'exemple de la littérature... je transforme un sari en dissertation... car ceci n'est pas une dissertation, (à cause des exemples: )

Je m'inspire du Pacifique.

Problématique: où est la mère?

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I) L'auteur d'une oeuvre littéraire ne cherche pas à " transmettre un message" puisqu'il éprouve et transmet des émotions dans sa recherche d'une écriture blanche... Quelle émotion pourrait se dire de cette écriture en dehors des mots et des silences qui la construisent ?

L'écriture blanche parle d'un désir que seuls les mots -et non les concepts- parviennent à déplier.

Par exemple, j'aimerais connaître le sort d'une rivière pour me déplier en tous les lieux où je passe; mais où sont les mots de cette rivière si ce n'est là où je passe? C'est aussi "le sens de la marche" de Jacques Reda. Je repère ce dépliage des lieux à l'intérieur des lieux. Ils seront les chaises abandonnées sous la pluie dans le jardin en hiver ou les mains croisées de Marguerite Duras cernées de bagues. Dire ce désir de l'écriture libre chez Edouard Louis, Annie Ernaux... L' écriture nous transforme en rivière, à la recherche de ce langage non verbal: le murmure du sang dans les veines.

L'écriture blanche est en dessous des messages. Elle se cache dans les mains négatives, dans l'origine introuvable, en dessous de la littérature, à tous les moments de cette eau, qui désire tant son tissu de rivière. Dans un conte du Mahabharata...

Le sari infini...

Dans un conte du Mahabharata dis-je, une princesse indienne doit épouser un homme contre sa volonté. Sous l'écriture du sage, le destin l'enveloppe pour sa nuit de noce d'un sari infini. C'est son cadeau de mariage dans un langage commun. Lorsque son époux essaie de la retrouver ( de la dénuder), il n'en finit jamais de déplier le tissu qui l'enveloppe. Le sang bat dans ses veines, mais la femme aux mains négatives se déplie infinie, comme le texte d'une écriture cachée, cachée, cachée....

II) Cependant, le texte doit s'écrire dans un langage commun pour être entendu. En ce sens il s'adresse bien aux lecteurs et se réfère au même monde...

C'est un langage malgré tout. Mais existe-t-il encore un monde commun?

Déplier le sari ou revivre ces lieux de la Rivière malgré tout peut-il se dire dans un langage commun ? Nous pensons par exemple aux tableaux de la Renaissance qui parlent de l'enfer et du paradis, du bonheur et du malheur de tous, avec les images du Livre que tout le monde connaît. Chez Jérome Bosch, "La charette de foin" nous tire tous ensemble vers l'enfer. Mais aujourd'hui, ce langage commun existe-t-il encore? Soit l'écriture de JIM Harrison... Je me souviens de ce que disait Dalva à propos de son espace et des grandes routes. Cet espace peut-il être compris aussi de vous? : "Elle était partie une heure avant le lever du jour, rejoignant la route 10 au milieu de Santa Monica -si le coeur vous en dit, vous pouvez aller jusqu'à Jacksonville, en Floride, sans quitter cette route...mais à Indio elle a bifurqué sur la 86, puis sur l'U.S.8... "Je dresse la liste des choses, des gens et des lieux qui vont me manquer" se disait-elle. Mais rien ni personne ne l'a remuée autant que le souvenir des arbres et surtout celui du Pacifique qu'elle avait écouté pendant tant de jours et de nuits. Elle pensait à l'existence d'un langage qui nous aurait été commun: peut-être un langage non verbal, frisant la folie, le murmure du sang dans les veines, le chuintement de l'eau qui reflue, mais un langage malgré tout. C'est de lui que je parle.

III) C'est justement parce qu'il recherche une écriture blanche que le texte peut devenir politique en traversant la mère.

Quelque chose de politique...en plus.

Dans la recherche de ce langage, toute volonté de transmettre un message me semblerait pornographique. Ceux qui la désirent n'écrivent pas pour donner "des messages" aux lecteurs puisque ces lecteurs ils les connaissent dans leur intimité qui est aussi la nôtre, et non dans leur espace social. Lorsque des auteurs ont écrit sous l'emprise de parti communiste par exemple (acte pornographique), j'ai aimé que Marguerite Duras,elle, refuse de le faire: "Quand j'écris, dit-elle, j'oublie toute idéologie, toute mémoire culturelle."

Les monologues de la mère, la misère...

Il n'y a peut-être que dans le Barrage contre le Pacifique que se trouve quelque chose de politique: dans les monologues de la mère sur la misère, dans la description de la colonie, il y a ce quelque chose qui peut se dire en plus. Mais il s'agit toujours de la dialectique intime d'une femme désespérée.

Conclusion: une oeuvre littéraire ne peut pas transmettre un message en quittant ses propres lieux mais elle est capable de devenir politique. Pour trouver sa dimension politique l'écriture blanche traverse la mère ; son monologue devant le Pacifique.

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